Parachat Choftim ou comment soutenir les érudits

Vers la fin de la paracha Choftim (Devarim, 20:19-20), le texte aborde les lois relatives à la guerre. Une des lois évoquées lors des conflits est notamment de ne pas détruire inutilement l’environnement.

Voici le verset :

כִּי-תָצוּר אֶל-עִיר יָמִים רַבִּים לְהִלָּחֵם עָלֶיהָ לְתָפְשָׂהּ, לֹא-תַשְׁחִית אֶת-עֵצָהּ לִנְדֹּחַ עָלָיו גַּרְזֶן–כִּי מִמֶּנּוּ תֹאכֵל, וְאֹתוֹ לֹא תִכְרֹת: כִּי הָאָדָם עֵץ הַשָּׂדֶה, לָבֹא מִפָּנֶיךָ בַּמָּצוֹר. רַק עֵץ אֲשֶׁר-תֵּדַע, כִּי-לֹא-עֵץ מַאֲכָל הוּא–אֹתוֹ תַשְׁחִית, וְכָרָתָּ; וּבָנִיתָ מָצוֹר, עַל-הָעִיר אֲשֶׁר-הִוא עֹשָׂה עִמְּךָ מִלְחָמָה–עַד רִדְתָּהּ

« Si tu es arrêté longtemps au siège d’une ville que tu attaques pour t’en rendre maître, tu ne dois cependant pas en détruire les arbres en portant sur eux la cognée : ce sont eux qui te nourrissent, tu ne dois pas les abattre. Oui, l’arbre du champ c’est l’homme même, tu l’épargneras dans les travaux du siège. Seulement, l’arbre que tu sauras n’être pas un arbre fruitier, celui-là tu peux le sacrifier et l’abattre, pour l’employer à des travaux de siège contre la ville qui est en guerre avec toi, jusqu’à ce qu’elle succombe. »

Au delà du pchat (le sens simple de compréhension du verset), la Gaon de Vilna nous livre une interprétation allégorique très intéressante.

Au sujet du début du passouk, le texte dit « Si tu es arrêté longtemps au siège d’une ville que tu attaques pour t’en rendre maître » : pour le Gaon de Vilna ce sont ici des mots que D.ieu adresse au Yetzer Hara (dans son rôle de procureur céleste).

Ensuite le texte utilise le mot « Longtemps » ou « de nombreux jours » dans sa version littérale : cela réfère aux jours de Roch Hachana et Yom Kippour. Bien qu’il ne s’agit que de 3 jours, on a l’impression qu’ils sont nombreux et longs de par leurs difficultés. Car c’est lors de ces journées que l’attaque du procureur céleste sur les Bné Israel est la plus forte.

« tu ne dois cependant pas en détruire les arbres en portant sur eux la cognée » : le texte introduit alors « les arbres » qui par allégorie correspondent à ceux qui supportent les érudits de la Torah comme il est dit dans Michlé 3:18 – « Elle est un arbre de vie pour ceux qui s’en rendent maîtres : s’y attacher, c’est s’assurer la félicité ». On voit que ces arbres (donc ces érudits) doivent être protégés de l’attribut divin de justice qui est stricte.

« ce sont eux qui te nourrissent » : ici, il veut nous faire comprendre que le monde entier, toi aussi Mr le procureur céleste, existent uniquement grâce au mérite des érudits en Torah.

« Oui, l’arbre du champ c’est l’homme même » : « l’homme » c’est-à-dire l’érudit en Torah qui ne peut exister uniquement grâce aux « arbres », c’est-à-dire grâce à ceux qui les supportent.

« Seulement, l’arbre que tu sauras n’être pas un arbre fruitier » : un arbre qui n’est pas fruitier, c’est-à-dire un homme qui n’aide pas les érudits en Torah

« celui-là tu peux le sacrifier et l’abattre » : dans le cas de ce type de personne (un homme qui n’aide pas les érudits en Torah), le texte emploi le mot כָרָתָּ  qui dans son sens littéral veut dire « retrancher » mais également « détruit » car il (cette homme) sera détruit de ce monde et retranché du monde futur (Que D. préserve !)

Le sacrifice, et par conséquent, la récompense, de celui qui soutient la Torah est si grande que le sage du Talmud, Rav Papa, ne pouvait pas croire que cela était possible, dit la Guemara (Baba Batra 73b, comme expliqué par le Gaon de Vilna). Pour cette raison, nous constatons que lorsque les tribus d’Yssa’har et Zevouloune sont mentionnées dans la Torah, Zevouloune vient habituellement en premier. Pourquoi ?

Tout simplement parce que pendant qu’Yssa’har formait de nombreux érudits en Torah, Zevouloune se consacrait entièrement au soutien de ces sages. Pour ce soutien, il a droit à un plus grand crédit sur ce que les érudits ont réalisé tout au long de leur vie. A propos des gens comme Zevouloune, la Michna dans Avot (4:1) dit, « Qui est fort ? celui qui domine ses passions ». Pourquoi ? Parce que les hommes de la tribu de Zevouloune aurait pu aller chercher le luxe, la vie frivole, les plaisirs matériels et autres, mais au lieu de cela, ils ont préféré opter pour soutenir la Torah. Et telle est la voie à suivre !

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