Matot : les diamants de la vie

L’Éternel parla ainsi à Moché : « Exerce sur les Midianites la vengeance due aux enfants d’Israël » (Bamidbar 31:1 et 31:2)

Quel était le péché des Midianites ?
Ils étaient des «partenaires» dans le plan de Bilaam ha-racha qui avait pour but d’inciter les Juifs à pécher en les entraînant vers l’idolâtrie en les piégeant avec des femmes Moabites. Le plan fut un succès en partie puisque cela a entraîné des milliers de juifs à la mort. C’est pour cela que Moché a été appelé par Hachem afin de les faire payer ce qu’ils ont fait.

Cependant, si on regarde de plus près c’était plutôt Balak, le roi de Moav, qui a engagé Bilaam pour maudire les Juifs. Et alors que ce dernier fut incapable de les maudire, il donna une idée à Balak avant de partir : « Leur D.ieu méprise la débauche ». Vos femmes n’ont qu’à les faire pécher par cette déviance et ils seront maudits, même sans mes malédictions (Rachi 31:16). On voit donc que c’est Bilaam, un Midianite qui a amené l’idée et Balak et sa nation Moabite, qui ont mis l’idée de Bilaam en action.

On ne peut pas nier que les femmes Midianites ont joué également un rôle dans la ruse puisque c’est Kozbi, fille de Tsour, qui a été tuée par Pin’has au début de la paracha de la semaine dernière. Elle était d’ailleurs une Midianite issue de la noblesse. Pourtant et malgré cela, il semble évident que les femmes Moabites étaient les principales pécheresses tandis que les Midianites n’avaient qu’un rôle secondaire dans la supercherie comme il est dit (Bamidbar 25:1 à 25:3) :
« Israël s’établit à Chittîm. Là, le peuple se livra à la débauche avec les filles de Moav. Elles convièrent le peuple à leurs festins idolâtres ; et le peuple mangea, et il se prosterna devant leurs D.eux. Israël se prostitua à Baal-Peor et le courroux du Seigneur s’alluma contre Israël. »

Il est donc clair que les Midianites n’ont tout au plus qu’un rôle de « figuration » par rapport aux Moabites qui étaient les membres actifs du piège et pourtant ce sont les premiers qui vont recevoir la punition divine tandis que les Moabites vont s’en sortirent indemnes. Pourquoi cela ?

La Guemara nous dit que Moché a eu la même réflexion par kal va’homer (raisonnemment à fortiori) : « Si Hachem m’a ordonné de se venger des Midianites qui n’ont que aidé les Moabites à accomplir leur acte alors à fortiori Hachem doit vouloir également que je frappe encore plus les Moabites qui sont les meneurs de la faute ! »

Mais le Saint Béni soit-Il répondit à Moché : « Tes pensées Moché, ne sont pas les mêmes que les miennes. Il y a deux belles colombes que je vais engendrer d’eux : Ruth la Moabite (La grand-mère du Roi David) et Naama l’Ammonite (épouse de Re’havam, fils du Roi Shlomo). » (Baba Kama 38)

Pourtant aussi belle soit la réponse, le Sifté ‘Ha’hamim se demande la chose suivante : « Toute une nation méchante peut-elle survivre à la punition ? Hachem pourrait très bien trouver des façons d’épargner ces deux colombes tout en punissant le reste de la nation ! »

En fait la réponse est la suivante :

Quand un Rav écrit un livre de toute une vie, il espère qu’il y a dans son livre au moins une pensée véritable car pour lui cela aurait valu tous les efforts d’écritures, d’impression et toutes les épreuves par lesquelles il est passé !

Dans la même idée, combien seront-nous vers la fin de notre vie à nous demander si les livre de nos vies seront remplis de nouvelles, originales et sincères.

Au mieux nous espérons qu’Hachem recueillera les roses parmi les épines. Nous prions tous les jours pour que bien que la plupart des jours de notre vie n’est que peine et misère comme le dit le Psaume 90 (« La durée de notre vie est de soixante-dix ans, et, à la rigueur, de quatre-vingts ans; et tout leur éclat n’est que peine et misère. Car bien vite le fil en est coupé, et nous nous envolons. »), les diamants que nous aurons amassés tout au long de notre vie contrebalanceront et l’emporteront sur la quantité de paille, de cailloux et de poussière que nous avons malgré nous amassés. Car de la même manière que la beauté de la rose n’est pas diminuée même quand elle est entourée par des centaines de mauvaises herbes, nous espérons qu’Hachem saura voir non pas la quantité mais plutôt la beauté de nos bonnes actions limités mais altruistes.

Évidemment, il est également dangereux de penser de la sorte puisque l’on pourrait se dire que si même une Mitsva unique est si grande et qu’elle pourrait orner de lumière toute une vie même banale, alors ce n’est pas la la peine de faire tant d’efforts pour rechercher la chlémoute (la perfection) ?

Mais personne ne peut nier la beauté exceptionnelle d’un diamant. Il est évident que si on était amené à trouver un diamant de 5 carats en se promenant sur une plage, ce serait la découverte d’une vie. Pourtant, quelle folie serait-ce si, après avoir ramassé ce diamant, nous remarquons qu’il y en a une collection entière qui scintillent sous nos pieds, mais que nous n’avons pas pris la peine de les ramasser ?

On se rend donc bien compte que la valeur de la réalisation et l’internalisation de la beauté d’une seule mitsva n’est pas pour échapper à une vie entière de collecte de diamants. Mais plutôt pour nous rappeler le dicton selon lequel, « Votre nation, ils sont tous justes », même pour le plus vide d’entre nous, d’une façon ou d’une autre baigne dans la lumière de certaines mitsvotes petites qu’il n’a sans doute fait sans aucune arrière-pensée.

Et c’est là que réside la leçon de Moav. A cause de deux colombes, deux diamants, Hachem sauva une nation entière. C’est vrai qu’il peut y avoir eu de nombreuses autres façons d’accomplir l’acte, mais alors nous n’aurions jamais découvert la leçon sur la valeur inestimable d’une vie juive !

En vérité, ce n’est pas seulement une leçon pour les autres. Parfois nous avons besoin de l’entendre pour nous-mêmes. Comme Rabbi Israel Salanter z »l avait l’habitude de dire, après avoir passé de nombreuses heures, à préparer une dracha: « Si, après toutes mes heures d’effort et de préparation, juste un Juif prie Maariv avec un peu plus de concentration, mes efforts n’auront pas été vains, et même si ce Juif c’est moi! »

Shabbat Shalom

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