Kora’h : La bonne et la mauvaise femme

La punition de Kora'h - Tableau de Sandro Botticelli

La punition de Kora'h - Tableau de Sandro Botticelli

Qui ne connaît pas cette assertion des Pirké Avot (5 – 19) qui nous interroge sur la validité d’une controverse (ma’hloket en hébreu). La michna pose la question suivante :
Quel est l’exemple d’une controverse qui est lechem chamayim ? réponse : Les discussions entre Hillel et Shamaï.
Quel est l’exemple alors d’une controverse qui n’est pas lechem chamayim ? C’est la rébellion de Kora’h et ses acolytes.

Qu’ont donc fait Kora’h et ses acolytes pour être marqués ainsi au fer blanc et être à vie, l’exemple même à ne pas suivre.

Sur cette question, il y a des centaines de réponses alors comme le temps nous est compté avant shabbat, on a décidé d’abréger et de s’intéresser aux origines du mal. Et souvent dans ce genre de problèmes, il y a une femme à l’origine de tout cela !

Certaines derrières leurs ordinateurs se disent déjà : « Mais c’est sexiste ça ! ». C’est vrai Mesdames mais attendez la suite avant de vous emporter. En fait c’est plutôt l’histoire de deux femmes.

La première est la femme de Kora’h en personne. Le midrach l’accuse d’avoir incité son mari à se révolter contre Moché et Aaron. Pour ce faire, elle a dit à son mari (Sanhedrine 110a) : « Regarde ce que Moché a fait : il est roi, il a nommé son frère comme Cohen Gadol et ses neveux en sont les assistants. Si la Terouma (offrande) est apportée, il déclare qu’elle doit être donnée aux Cohen. Si le maasser richon (dont 1 dixième doit être donné aux Lévites – dont Kora’h fait partie) est apporté, Moché estime que 10% doivent revenir aux Cohen (alors que c’est toi qui devrait en profiter en tant que Levi). De plus il veut que vous soyez rasé (le nom Kora’h signifie d’ailleurs rasé) comme on ferait à des prisonniers, et cela dans le but de vous enlaidir (parce qu’il envie votre beauté). Elle va poursuivre en remettant en cause la validité du commandement des tsitsits et la fameuse question sur le té’helet (le fil azur) : Si le fil azur du tsitsit est si important, pourquoi ne pas faire un manteau entièrement d’azur et sans frange, ne serait-ce pas mieux ? Tout ceci évidemment pour remettre en cause Moché et dire de façon détournée que ce dernier a tout inventé (‘has veshalom)…

La deuxième femme de l’histoire est la femme de One (fils de Peleth) qui faisait également parti de la bande à Kora’h. Il est d’ailleurs cité explicitement dans le début de la paracha (Badmidbar 16 – 1) et pourtant ce dernier n’est pas mort avec les autres ! Pourquoi cela ?
Par le mérite de sa femme tout simplement ! Puisque quand elle fut au courant du plan de Kora’h, elle refusa que son mari se mêle à cette folie destructrice et elle lui fit entendre raison avec des paroles censées : « ne te laisse pas entraîner dans cette histoire, que ce soit Moché ou Kora’h qui dirige, toi tu seras toujours un petit ! » Lui argua-t-elle. One lui répondit qu’il s’était déjà engagé et qu’il ne pouvait faire machine arrière. Alors sa femme prit les devants. Elle le fit boire jusqu’à l’ivresse, le coucha, se mit devant la porte de sa tente et se découvrit les cheveux. Quand la bande à Kora’h sont venus le chercher, ils ne purent aller plus loin car ils virent que la femme de One était tête découverte. Et ainsi One fut sauvé de l’engloutissement de Kora’h et les siens. Il faut savoir que la terre s’ouvrit pour les avaler, ce qui est une fin plutôt atroce, Rachi d’ailleurs nous explique que Hachem a créé cette fin atroce exprès pour eux et que personne n’a été épargné (il ramène d’ailleurs un midrach qui nous dit que même les nourrissons ont péri !).

Pourquoi la femme de Kora’h le poussa a persévérer alors que la femme de One l’aida à se sortir de ce guêpier ? Tout simplement parce que la femme de Kora’h était une femme avide de pouvoir, de statut et de position sociale. Elle ne sert finalement que ses intérêts. Pour cela elle fait monter la colère de son mari en appuyant sur des réalités mais en les sortant du contexte. Elle est intelligente, mais utilise son érudition à des fins négatives. Elle utilise les faits et joue sur les faiblesses de l’homme avec entre autres :
– la jalousie : elle montre la discrimination que subit son mari du fait que Moché et Aaron ont tous les pouvoirs alors que lui qui est l’homme le plus riche du am israel, chef de tribu et Levite de surcroît n’a le droit à rien.
– l’humiliation : elle relève le fait que Moché a forcé les Levites à se raser la tête.
– la rationalité : elle remet en cause la logique des commandements donnés par Moché.

De cette histoire est tirée le verset dans Michlé :
חכמות נשים , בנתה ביתה ; ואולת , בידיה תהרסנו.
La sagesse des femmes édifie la maison ; leur folie la renverse de ses propres mains.
(Michlé 14 – 1)
La première partie se réfère évidemment à la femme de One qui a sauvé son ménage grâce à sa sagesse tandis que la deuxième partie du proverbe est en référence à la femme de Kora’h qui a détruit le sien par sa cupidité notamment. On voit donc bien là, la place d’une femme juive, elle guide son mari avec sagesse, l’épaule, le conseille, lui montre la bonne voie et est prête à se mettre en danger spirituellement pour l’honneur de son mari. Tout cela montre son importance non seulement pour un foyer juif mais aussi pour la destiné d’une nation…

Alors Mesdames, ne sous-estimez jamais votre importance !

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